La Serva di Dio Carmen Hernández nel luogo della Visitazione della Vergine Maria alla sua parente Elisabetta. Ein Karem, Israele, 7 ottobre 1963

Dixième anniversaire de la mort de Carmen Hernández

Le 19 juillet 2016 fut l’une des journées les plus chaudes de cet été-là à Madrid. Carmen Hernández, après une longue maladie, était entrée, la veille, dans ses derniers moments, dans un état de coma. Kiko Argüello arriva à midi pour la voir avant qu’elle ne meure et dit : « Le fait qu’elle ait attendu mon arrivée m’a beaucoup touché; je l’ai embrassée et je lui ai dit ‘Courage’, et après ce petit baiser, elle est morte ». Il était 16h45. Le père Mario Pezzi est arrivé également cet après-midi-là.

En apprenant la nouvelle, nous qui connaissions Carmen depuis tant d’années sommes entrés non pas tant dans un état de bouleversement, comme lorsque meurt un être cher, mais plutôt dans une sérénité, parce que Carmen avait atteint son but : le repos éternel auprès du Seigneur, dont elle nous avait parlé si souvent.

Les deux jours suivants, jour et nuit, des centaines de personnes se sont relayées pour veiller et prier auprès de la maison de la rue Samaria, où reposait sa dépouille. Cela a apporté un grand réconfort à sa famille, à ses proches et aux membres des communautés néocatéchuménales et des paroisses. Oui, sa disparition nous a attristés, mais une « joie et une espérance éternelle » ont surgi en nous dans la certitude que Carmen était encore vivante ; désormais dans la maison du Père, avec son « Bien-Aimé », comme elle le répétait dans ses journaux, presque comme un refrain, en parlant de Jésus : « Mon Jésus, mon amour, mon bien-aimé, je t’aime ».

En reportant le regard sur ce moment et en contemplant les événements de ces dix dernières années, on éprouve une sorte de vertige, car on découvre une quantité impressionnante de documents : lettres, journaux intimes, carnets, agendas, enregistrements audio et transcriptions de catéchèses et de retraites, voyages, témoignages, et ainsi de suite. Quelle vie intense a été celle de Carmen Hernández ! Une vie plus intense encore lorsque le Seigneur l’a unie, dans sa mission, à Kiko Argüello ! En cette décennie écoulée depuis sa mort, s’est révélée devant nos yeux une magnifique mosaïque de documents, comme des pièces précieuses, qui reflètent « le dessein d’art ineffable » que le Seigneur a réalisé dans sa vie et dans cette modalité de l’initiation chrétienne qu’est le Chemin Néocatéchuménal.

Quelques mois après sa mort a commencé la collecte de tous les documents relatifs à sa vie. Quelle surprise ! Carmen avait conservé, dans une valise de cuir et sur les étagères de sa bibliothèque, toutes sortes de documents ; sont apparus tous ses journaux intimes, dans lesquels elle notait, jour après jour, ce qu’elle avait fait, ce que la liturgie lui avait dit, et d’autres pensées. Dans cette valise se trouvaient aussi des centaines de lettres écrites par elle ou reçues en son nom, certaines bien classées ; en outre, un grand nombre de notes et de plans pour les catéchèses, des annotations d’un haut contenu théologique.

Ses interventions lors de réunions et convivences, les monitions et les catéchèses transcrites au fil de toutes ces années d’évangélisation, sont venues s’ajouter à l’énorme quantité de documentation que nous avons commencé à rassembler et à classer.

Les visites à sa tombe, chaque année plus nombreuses, et l’apparition de personnes désireuses de raconter et d’écrire leurs propres expériences d’avoir connu Carmen, ont ouvert une nouvelle source de matériel : les témoignages et les déclarations de ceux qui l’avaient connue et qui étaient reconnaissants pour sa vie. Enfin, il y avait les personnes qui se sont mises à prier Dieu, par l’intercession de Carmen, dans des situations de maladie, de souffrance, d’échec ou de petites difficultés de la vie.

Toute cette renommée de sainteté et cette réputation de signes qui lui étaient attribués nous ont poussés à demander à l’Archidiocèse de Madrid si le moment était venu d’envisager l’ouverture d’une Cause de Béatification et de Canonisation. La réponse reçue ayant été clairement positive, nous avons poursuivi avec un enthousiasme encore plus grand dans la voie entreprise. Cela signifiait rassembler, organiser, indexer, classer et archiver tout ce qui concernait Carmen Hernández et l’œuvre que Dieu avait accomplie à travers elle. Une entreprise de taille ! Nous nous sommes pourtant mis au travail. Un petit groupe de personnes, de façon entièrement volontaire et gratuite, s’est consacré à cette tâche pendant leur temps libre.

Le développement de ce travail a été une tâche fascinante, car il nous a permis de découvrir de nombreux aspects de Carmen que nous connaissions peu, voire pas du tout :

Son amour profond pour Jésus-Christ, son intimité avec Lui et son ‘dialogue’ quasi constant avec le Seigneur. Son amour pour la Vierge Marie, qu’elle recherchait comme une mère. La description des événements de sa vie fait apparaître une vision théologique ; c’est-à-dire que Carmen cherchait constamment à faire la volonté de Dieu, voulait connaître le dessein de Dieu pour elle, afin de pouvoir l’accomplir.

– Son amour pour l’Église, sa proximité et son obéissance totale aux Papes, ainsi qu’aux évêques et aux prêtres. Elle ne voulut donner naissance à aucun mouvement nouveau, ni fonder un nouvel ordre religieux, ni un groupe spécialisé au sein de la paroisse ; elle voulait « seulement l’Église », revitaliser l’Église, revitaliser la foi des chrétiens, qui naît du baptême. C’est pour cette raison que Dieu lui a donné, avec Kiko Argüello, le don d’être l’initiatrice d’un Chemin de redécouverte du Baptême.

L’amour et la nécessité de la prière : Carmen priait toutes les heures du Psautier, avec une véritable dévotion et une grande joie. Elle aimait prier, et c’était sa façon de sanctifier la journée. Elle affectionnait particulièrement l’Office des lectures, qu’elle appelait « Matines », qu’elle récitait le matin, très tôt, car elle disait que les psaumes des « Matines » étaient « très existentiels ». Elle ne manquait jamais une heure de la Liturgie des Heures, même en voyage.

– Son amour pour les sacrements, en particulier pour l’Eucharistie, qu’elle recevait quotidiennement, et son amour pour la Pénitence. Carmen consacra de longues années à l’étude de ces deux sacrements, en s’appuyant sur les meilleurs ouvrages catholiques et les théologiens les plus qualifiés. Elle approfondit même les racines hébraïques du christianisme.

– Son amour pour la Sainte Écriture, qu’elle connaissait parfaitement, et avec laquelle elle passait des heures et des heures, lisant et relisant les passages, en tirant d’innombrables nuances et significations. Les Bibles de Carmen sont soulignées à maintes reprises : il est impressionnant de voir à quel point elles sont « usées et annotées ».

– Carmen Hernández était une érudite assidue de la foi catholique, dévouée à l’étude des Pères de l’Église et de toute la Tradition du Magistère. Ses bibliothèques contenaient plus de 4 500 livres religieux et des centaines de revues théologiques. Elle écoutait quotidiennement Radio Vatican et lisait L’Osservatore Romano (en soulignant et/ou en découpant les articles les plus intéressants), tant dans l’édition quotidienne italienne que dans l’édition hebdomadaire espagnole. Elle suivait attentivement tous les discours des Papes.

– En préparation à sa mission, Carmen voulut se rendre en pèlerinage en Terre Sainte. Elle le fit pour la première fois en 1963-1964, mais y retourna d’innombrables fois, car elle estimait indispensable de « fouler et connaître » la terre où le Christ avait passé sa vie terrestre. C’est pourquoi cet amour profond pour les Lieux Saints et sa connaissance des traditions juives et de leurs fêtes liturgiques, elle les a transmis à des milliers et des milliers de personnes. Elle disait qu’en Israël, terre du peuple élu de Dieu, « les Écritures s’ouvrent, car ce n’est pas la même chose de les lire à l’endroit même où se sont déroulés les événements ».

– Carmen a souligné, avec diverses nuances, l’importance de la femme dans l’Église, dans la famille et dans la société, car Dieu a donné à la femme « la fabrique de la vie », qui est son utérus. C’est le lieu où Dieu donne la vie à chaque être humain, unique et original, et la femme le porte en son sein et lui donne « l’être ».

Elle avait un amour particulier pour les « brebis égarées », c’est-à-dire pour les personnes qui souffraient, ou pour celles qui traversaient des moments difficiles ou une crise ; Carmen les appelait et les encourageait à revenir vers Jésus-Christ dans les sacrements, dans la Parole et dans la prière.

Toutes ces réalités qui se révélaient en observant la vie de Carmen ont porté leurs fruits : l’archevêque de Madrid d’alors, qui avait juridiction en tant que diocèse où Carmen était morte, le cardinal Carlos Osoro, accepta cinq ans après sa disparition, le 19 juillet 2021, la demande d’ouverture de la Cause de Béatification et de Canonisation, appelée « Supplex libellus ».

Un tribunal diocésain fut ensuite constitué, composé du Délégué épiscopal pour les Causes des Saints, le père Alberto Fernández, du Promoteur de justice et de deux notaires, afin de commencer à recueillir les témoignages des personnes les plus âgées qui avaient connu Carmen, pour que leur témoignage ne soit pas perdu. Une Commission historique fut également constituée, présidée par le père Jesús Sánchez, prêtre et curé de Valence, pour rechercher et rassembler les documents relatifs à Carmen dans tous les fonds d’archives possibles. Au total, 59 sites détenant des collections documentaires ont été consultés, répartis dans 47 archives et bibliothèques, situées dans 21 villes différentes de 9 pays différents.

Le 4 décembre 2022, à l’Université Francisco de Vitoria de Madrid, s’est tenu l’Acte officiel d’ouverture de la Cause de Béatification et de Canonisation de Carmen Hernández, désormais désignée Servante de Dieu. Plus de cent personnes ont alors commencé à témoigner, venant de contextes et de milieux de vie très différents. Les documents écrits ont continué d’être classés, étudiés et archivés. Environ 2 500 documents ont été rassemblés au total, représentant plus de 25 000 pages. Les publications sur sa vie ont commencé : une première biographie, très complète et bien documentée, a déjà été traduite en 12 langues : espagnol, italien, français, anglais, polonais, portugais, portugais brésilien, allemand, néerlandais, russe, croate et suédois. Douze autres livres ont en outre été publiés, dont des études sur sa vie et des monographies.

La renommée de sainteté et la réputation de signes se manifestaient aussi dans les milliers et milliers de personnes venant prier devant sa tombe, pour son repos éternel, et aussi pour demander ou remercier pour les grâces et les faveurs reçues par son intercession. Plus de 120 000 personnes venues de plus de 100 pays différents à travers le monde sont passées, individuellement, avec leur famille, en petits ou grands groupes. Ce sont des membres du Chemin Néocatéchuménal, mais aussi d’autres personnes qui n’en font pas partie, mais qui ont entendu parler de Carmen. Une grande partie des demandes adressées à Dieu par l’intercession de Carmen concernent des difficultés liées à la grossesse, à l’accouchement, aux enfants et à d’autres situations familiales.

Toute l’Instruction diocésaine sur la vie, les vertus et la réputation de sainteté de Carmen Hernández s’est achevée par la rédaction des Actes finaux, comprenant 25 000 pages et plusieurs livres publiés, en originaux et en double exemplaire : le tout réparti en 70 boîtes. L’actuel archevêque de Madrid, le cardinal José Cobo, a présidé la Cérémonie de clôture juridico-canonique de la phase diocésaine le 2 juin 2026, au Séminaire Redemptoris Mater de Madrid, à proximité de la tombe de Carmen.

Une copie de ces Actes est restée aux Archives diocésaines de l’Archidiocèse de Madrid, tandis que le reste a été envoyé au Dicastère pour les Causes des Saints, auprès du Saint-Siège. Les boîtes sont arrivées au Dicastère le 18 juin 2026. Dans cette phase romaine du procès, la prochaine étape consistera à ouvrir les boîtes pour une étude approfondie.

Quelle période intense et féconde ont été ces dix années écoulées depuis la mort de Carmen ! Aujourd’hui, en ce dixième anniversaire, nous entrons dans une nouvelle phase où le discernement minutieux et sage de l’Église continuera d’évaluer la vie, les vertus et la réputation de sainteté de Carmen Hernández. L’Église a le dernier mot.

Mais en attendant, il nous reste l’exemple lumineux d’une femme extraordinaire, qui parlait avec une grande liberté, qui était en avance sur son temps et qui aimait profondément Jésus-Christ et l’Église. Sa vie fut imprégnée par l’évangélisation itinérante : elle passa 52 ans à annoncer Jésus-Christ et l’Évangile, avec Kiko Argüello, parcourant plus de 3 millions de kilomètres en avion (l’équivalent de 77 tours de la Terre), se consumant et s’épuisant, souvent sans force ni santé, ne suivant que les « traces » que Jésus-Christ lui montrait.

Kiko a récemment déclaré : « Carmen pensait toujours au bien de l’Église. C’était une théologienne constamment engagée dans la recherche et l’étude. Toute sa vie a été marquée par l’amour du Christ et de la mission de l’Église ». Prions pour que, dans cette phase romaine de sa Cause de Béatification et de Canonisation, l’Église confirme qu’elle jouit désormais éternellement de la présence du Seigneur.

Dix ans après sa mort, sa réputation de sainteté grandit de jour en jour. La preuve en est qu’à l’occasion du dixième anniversaire de sa mort, des milliers de membres du Chemin Néocatéchuménal et d’autres fidèles venus des cinq continents se réuniront le dimanche 19 juillet, à partir des premières Vêpres, pour célébrer l’Eucharistie et rendre grâce à Dieu pour la vie et l’exemple de cette infatigable missionnaire. Dans de nombreux diocèses, ce sont les évêques qui présideront l’Eucharistie.

À l’occasion de cet anniversaire, nous avons choisi cette note tirée de l’un de ses journaux :

« Même si je devais te remercier pour toute l’éternité, je ne pourrais jamais exprimer ne serait-ce que l’ombre de la gratitude que j’éprouve pour la vocation que tu as déposée en moi, une vocation dont je n’ai jamais douté un seul instant, malgré tous mes manquements. Elle est tienne, et je veux me donner à Toi. Protège-moi pour le temps qu’il me reste dans cet exil, et, ma chère Mère, fais en sorte que mon cœur éclate avant que je ne regarde en arrière. Fais que cet exil finisse vite, afin que je puisse me donner à toi ». « Ne permets pas, mon Jésus, qu’aucun autre ne me comble, Toi seul, ton amour toute ma vie, garde-moi près de toi et aime-moi, car j’ai un grand désir d’amour jusqu’à en mourir ». (Journal, 1950)

Carlos Metola
Postulateur de la Cause de
Béatification et de Canonisation
ANNEXE :

Quelques statistiques sur la vie de Carmen, avant et après sa mort.

– Plus de 52 ans d’évangélisation sans s’arrêter.

– Elle a parcouru 56 pays où elle a tenu des convivences et des rencontres.

– Elle a parcouru 300 villes sur les 5 continents.

– Elle a effectué 3 millions de kilomètres en avion (77 tours de la Terre).

– Douze livres publiés sur sa vie et son œuvre, traduits dans les principales langues.

– Plus de 120 000 personnes ont visité sa tombe.

– Environ 80 000 annotations dans les livres pour les signatures devant la tombe.

– Environ 5 200 faveurs et grâces reçues par courrier ou par e-mail.

Livres publiés sur Carmen (en différentes langues)

– Carmen Hernández Barrera, Journal intime – 1979-1981, Impression privée pour le compte de l’Association Mère du Rédempteur, 2023 (en italien, espagnol, français, anglais, polonais, portugais, croate, coréen, hongrois et russe)

– Carmen Hernández Barrera, La necessità della preghiera nel pensiero di Pio XII (La nécessité de la prière dans la pensée de Pie XII), sous la direction de R. Orozco et A. Carrascosa, Chirico, Naples 2024 (en italien, espagnol, portugais et polonais).

– Aquilino Cayuela, Carmen Hernández – Notes biographiques, Impression privée pour le compte de l’Association Mère du Rédempteur, 2023 (en italien, espagnol, français, anglais, allemand, néerlandais, polonais, portugais, portugais brésilien, croate, russe et suédois).

– Giorgio Ricci, Simboli giudeo-cristiani tra scienza e fede – Riflessioni con Carmen Hernandez (Symboles judéo-chrétiens entre science et foi – Réflexions avec Carmen Hernandez), Chirico, Naples 2021 (en italien, espagnol et anglais).

– Francesco G. Voltaggio – Paolo Alfieri, Tutte le mie fonti sono in te. La Serva di Dio Carmen Hernández in Terra Santa (1963-64) (En toi sont toutes mes sources – La Servante de Dieu Carmen Hernández en Terre Sainte) Chirico, Naples 2023 (en italien, espagnol, anglais, portugais, polonais et arabe).

– Carmen Hernández Saldaña, Sorianas en la historia (Femmes de Soria dans l’histoire), Soria Edita 2023 (avec un chapitre dédié à la Servante de Dieu Carmen Hernandez Barrera).

– Gianfranco Santini, Un Santo per amico – Sette racconti (Un saint pour ami – Sept récits), Tau editrice, Todi (Pérouse) 2024.

– Josefina Ramón Berná, Cœur sans partage – Mission et virginité chez Carmen Hernández, Chirico, Naples 2026 (en espagnol, italien, portugais, français, anglais, allemand, néerlandais, polonais, chinois, tchèque, roumain, suédois).

– Charlie Metola – Isabel Banderas, La Serva di Dio Carmen Hernandez – La sua vita e la sua missione in 50 domande (La Servante de Dieu Carmen Hernandez – Sa vie et sa mission en 50 questions), Chirico, Naples 2025 (en espagnol, italien, portugais, polonais, anglais et allemand).

– José Casas – Jorge Borrel. Luz y tinieblas, Bendecid al Senor (Lumière et ténèbres, bénissez le Seigneur), Descléè De Brower, Bilbao 2026.